Faut-il voir pour croire ? Peut-on être certain qu’une chose existe sans l’avoir vue ? Et seriez-vous prêt(e) à parier que le véritable amour existe sans l’avoir jamais vécu ? Ces questions, la dernière saison de Love Is Blind les soulève presque malgré elle. Entre peur d’aimer, besoin de communication et quête d’acceptation, Netflix dresse le portrait d’une génération en pleine expérimentation du couple. À leurs risques et périls, les candidats tentent de bâtir une relation de confiance avec le partenaire qu’ils croyaient vouloir, du moins… jusqu’à ce que le rideau tombe.

LES CANDIDATS
Ce que je préfère dans cette saison de Love is Blind, ce sont les candidats. Ils dégagent une vulnérabilité et une authenticité qu’on voit rarement à la télévision. Personnellement, je n’ai jamais été friande des émissions d’amour : pour ma part, l’amour se savoure mieux dans un roman ou une œuvre de fiction. Mais malgré la mise en scène évidente et certaines démarches parfois douteuses, chacun de ces candidats incarne un pan de notre société en quête de connexion. Ce qui me frappe, c’est ce mélange : la maladresse de certains équilibre la surenchère d’autres, et le désir brûlant de quelques-uns vient bousculer notre confort de spectateur. Derrière l’écran, il est facile de juger et de pointer du doigt, sur un ton inquisiteur les faux pas. Pourtant, aucun discours de cette saison ne m’était totalement étranger : tout sonnait familier, comme un écho de ce que nous avons tous entendu, ou vécu, un jour. Chaque candidat arrive avec son lot de fragilités, et c’est justement ce qui rend l’expérience captivante ! Pour nous, spectateurs, certains traits de caractère apparaissent comme des poutres à travers l’écran, tandis que pour les candidats lors du tournage, cela semblait moins évident. Derrière la mise en scène et le travail de l’équipe technique, il est clair que chacun fait face à une douleur, un dilemme ou un complexe personnel.
Alors, une petite mixologie du petit écran made by myself ça vous tente ? Comme dans La villa des cœurs brisés, quelle serait la problématique de chaque candidat ? Spoiler : je réponds pour vous.
- Kim : Je n’accepte l’amour que sous une seule forme… même quand il se présente autrement.
- Charles : Je doute, même quand la réponse est évidente, et je me laisse facilement influencer.
- Jonathan : Ma vision de l’amour est encore trop influencée par ce que je vois autour de moi.
- Alexandre : Je n’ai pas une vision traditionnelle du couple… mais j’ai encore du mal à me l’avouer.
- Julie : Je reconnais que l’apparence physique joue un rôle déterminant
- Chloé : Je suis prête pour le mariage, mais je doute beaucoup et j’ai besoin d’être vue.
- Thomas : J’ai une peur viscérale de me dévoiler à l’autre.
- Cynthia : Mon côté analytique me bloque et m’empêche de laisser parler mes sentiments.
- Yannick : En amour, j’ai peur de l’engagement.
- Tatiana : Je m’auto-sabote, car j’ai peur de voir la vérité en face.
- Sabrina : J’ai besoin d’être rassuré de façon constante.
- Van-My : Ne pas montrer trop d’intérêt me permet de garder le contrôle sur l’autre.
JE T’AIME, UN PEU, BEAUCOUP…
Le couple est un cœur, dont l’amour est la contraction qui le maintient envie. Mais dans cette émission, j’ai eu l’impression tout du long que l’amour est aussi, et surtout perçu comme une affaire féminine. Les candidates semblent souvent plus investies, prêtes à tout pour faire fonctionner le couple, tandis que seuls à peine deux candidats masculins montrent un engagement visible à l’écran. Est-ce un manque de volonté de leur part ? Je ne souhaite pas leur prêter de mauvaise intension. Peut-être est-ce la pudeur, ou le format de l’émission, qui ne met pas en valeur leur implication. Dans la capitale de l’amour, c’est presque ironique.
Ce qui m’a également frappé, c’est que l’émission aborde l’amour sous un angle plus conceptuel qu’émotionnel. Les discussions tournent autour des doutes, des malentendus, des actes manqués ou de l’investissement de l’autre, plutôt que sur la passion ou la connexion profonde. J’espérais voir l’amour célébré dans sa vitalité, mais les candidats semblent davantage préoccupés par des questions pratiques que par l’élan du cœur. Cela reflète peut-être une réalité moderne : l’amour, bien qu’essentiel, est souvent éclipsé par des enjeux d’équilibre et de compréhension mutuelle. Est-ce notre époque qui redéfinit l’amour ainsi ? Ou est-ce mal vu d’être perçu comme trop impliqué ?


L’ATTIRANCE PHYSIQUE
L’attraction physique peut-elle ralentir l’élan du cœur ? Quand je parle du physique, je ne pense pas seulement à l’attirance charnelle, mais à une question plus profonde : ta présence physique redéfinit-elle ma façon de t’aimer ? Dans cette émission, la révélation du corps est un moment décisif, marquant le passage de l’imaginaire au réel, bien plus que les mots échangés. Contrairement à l’ordinaire, où l’apparence précède la conquête de l’âme, ici, on dévoile son intériorité avant son enveloppe corporelle. Parfois, une présence presque tangible, comme celle d’un enfant, transcende le duo et vient façonner une tout autre idée du couple. Ce schéma inhabituel renverse nos attentes : le physique, loin d’être un simple déclencheur, devient le révélateur de l’amour véritable.
Mon idéal physique est-il vraiment ce qu’il y a de mieux pour moi ? Se découvrir comme n’étant pas l’archétype de beauté rêvé par l’autre peut être une blessure pour l’ego. Dans cette émission, la révélation physique confronte les candidats à leur propre humanité, un moment où la perception de notre valeur vacille. Nous nous plaisons à croire que notre personnalité, notre intellect ou nos rêves nous rendent exceptionnels, mais le physique nous ramène souvent à une réalité plus terre-à-terre, très souvent injuste. La beauté, amplifiée par les standards des réseaux sociaux, devient un juge sévère. Pourtant, n’est-ce pas dans cette vulnérabilité, en acceptant notre humanité telle quelle est, que l’amour véritable peut éclore ?
Quoi qu’il en soit, Love Is Blind France est une émission télévisée captivante. Elle répond aux attentes d’un programme centré sur l’amour, l’engagement et le mariage, avec un panel de candidats trentenaires qui reflète plutôt bien la société actuelle. Néanmoins, le réarmement démographique n’est pas pour demain, car le célibat semble encore avoir de beaux jours devant lui. En conclusion, cette émission me laisse penser que l’amour n’est pas une priorité pour tant de personnes qu’il n’y paraît. Autour de moi, et dans ce programme, je constate que le couple est souvent perçu comme un accessoire personnel, convoité par beaucoup, mais mérité par peu. Et il n’y a aucun mal à cela, bien au contraire. Nous vivons des temps difficiles ; peut-être que notre époque n’est pas idéale pour s’engager à deux ? Car, oui ! Il est merveilleux de se savoir choisi, d’afficher quelqu’un à son bras, de montrer qu’on n’est pas seul. Mais quand il s’agit d’engagement concret, sur du long terme, la ferveur s’essouffle.
L’émission gagnerait à proposer un prime ou une temporalité plus proche de la réalité. Entendre des déclarations d’amour après seulement deux épisodes est une chose assez déstabilisante pour moi et cela nuit un peu à la crédibilité du concept, du moins à mes yeux. Mais cela ne semble pas être une priorité pour Netflix, car le format fonctionne parfaitement ainsi.
Et vous, qu’en avez-vous pensé ?

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