Critique de film : #LES MISÉRABLES

Le 25 mai 2019, le film Les Misérables du réalisateur Ladj Ly recevait  » Le prix du jury  » au Festival de Cannes. Quelques mois plus tard, ce long-métrage se dévoile enfin au reste de la France en s’invitant dans les salles obscures. Résultat ? Une fin d’année glorieuse. Puisque jusqu’à très récemment le film comptabilisait un peu plus d’un million d’entrées et à peu près, huit millions d’euros de bénéfices. Cette histoire aurait pu se terminer ici, que ça aurai déjà été très bien. Mais la vie en à décider autrement. En effet le film continue de séduire au-delà des frontières et se retrouve dans la sélect liste des présélections pour les Oscars 2020. Ladj Ly est un acteur, réalisateur originaire du Mali et ayant grandi à Montfermeil. Et dans ce premier film, il montre, témoigne et dénonce une vérité subite et observé. Parti pris ou Impartialité ? Que doit-on retenir du film (presqu’autobiographique?) Les Misérables de Ladj Ly ?

avant-propos : (avertissement (SPOILER)⚠️Afin d’être la plus claire possible dans mon argumentation, je vais explicitement parler et évoquer quelques scènes. De ce fait, pour éviter tout malentendu, je vous invite à regarder l’oeuvre en question avant de lire cet article.

J’aime le cinéma ! Analyser et décortiquer une oeuvre, c’est analyser et décortiquer une partie des cerveaux des réalisateurs et scénaristes. Oui, à mes heures perdues je suis chirurgienne cinématographique et d’œuvres artistiques en général. C’est pourquoi, dans la bienveillance, je ferais en sorte que mes critiques, dus à ma propre compréhension du film, ne soient pas mal formulées.


Je trouve le trailer cents fois plus cynique que le film lui-même. Oui le film est lourd, aussi bien sur le plan émotionnel que sur le plan symbolique, mais il a été aborder tout du long avec assez de justesse et sur un ton avec juste ce qu’il faut d’humour, pour qu’à la fin de la séance on ressorte déterminé à agir (positivement) et non déterminé à tout casser.

(synopsis du film) : Lors de sa première journée de travail au sein de la brigade anticriminalité de Montfermeil, Stéphane accompagné de ses tout nouveaux collègues Gwada et Chris, va vite réaliser l’importance des vives tensions existantes entre les forces de l’ordre, les caïds et les enfants de cette banlieue du 93. Au fur et à mesure que la journée se déroule, la discorde et la panique prennent de plus en plus de place et vont mettre ces trois brigadiers face à des ultimatums qu’ils n’avaient pas prévu.


COMMENT MONTRER LE BON EXEMPLE QUAND ON DOIT SAVOIR FAIRE RÉGNER L’ORDRE ?

Même si la violence de ce film ne laisse pas présager au premier abord qu’il s’agisse principalement d’une création artistique implicitement motivée par et pour des jeunes, c’est pourtant bien le cas. Ce que je cherche à dire c’est que ce film est (et ce qui va suivre n’est absolument pas une remarque négative), l’une des meilleures campagnes de prévention pour le retour à l’ordre de 2019 et qu’il m’est été donné de voir, tout spots publicitaires, films ou court-métrages confondus.

« Une claque ! Je me suis littéralement prise une claque avec ce film. »

Le film s’ouvre sur un jeune garçon d’à peine 16 ans avec le drapeau tricolore français autour du cou. Sur son chemin en direction d’une brasserie parisienne, il retrouve ses potes, ces derniers font des paris d’amis sur les joueurs qu’ils pensent qui marqueront un but lors de la finale de la coupe du monde 2018. Et d’un ! La première scène importante et lourde en symbolisme se déroule sous nos yeux. Car oui, plus j’avançais dans le film, plus je me rendais compte qu’il y avait des symboles et des clins d’œil visuels et auditifs implicites, voilés dans les détails des conversations et dans certains arrières plans. [Je ne sais pas si vous avez remarqué l’affiche de Ladj Ly en N&B tenant son appareil photo comme une revolver, dans les mains lors de la fouille des jeunes dans la résidence ?]

Premièrement, donner un titre tel que celui-là peut sembler être un choix kamikaze. Se mettre sur le même piédestal avec un auteur tel que Victor Hugo et ce dès son premier long-métrage au cinéma, il fallait osé prendre ce risque. Sauf que dans le cas du film Les Misérables de Ladj Ly, il s’agirait plutôt d’une mission Phoenix, visant à faire renaître de leurs cendres des rêves et espoirs enfumés. Néanmoins, d’un côté les signes qui indiquaient que ce film devait porter ce titre, étaient peut-être trop imposants pour être ignorés ? Montfermeil, est un lieu évoqué par Victor Hugo dans son fameux roman, de plus il existe dans cette commune une école élémentaire et une primaire possédant comme nom d’établissement celui de l’écrivain du 19e siècle.

En second lieu, le jeune garçon du début qui au fur et à mesure que l’histoire avance devient un personnage récurrent et important du récit, va également se révéler être un élément perturbateur très important. Cet adolescent, dont on sera plus tard qu’il se prénomme Issa, vole un coq (au début du film) et également lionceau. Issa, un jeune métisse vole littéralement l’emblème de la France. Dit comme ça, ça peut faire sourire, mais bien que cette scène fût brève, son importance ne m’a pas échappée. Ce passage représentait-il une peur des Français de voir la France appartenir à des hommes et des femmes de plus en plus différents d’eux ? Ou peut-être que cela signifiait que la France appartient à la jeunesse et qu’il faut savoir et pouvoir à la fois la protéger et la guider ? Je vous laisse donner vos avis dans la section des commentaires, car ceux-ci m’intéressent beaucoup.

Une des choses que vous avez dû vous aussi remarquer c’est les surnoms qu’ils se donnent. Que ce soit, entre collègues mais aussi en dehors du travail avec les autres personnages, bien qu’un peu caricatural parfois, ils n’étaient pas si anodins et insignifiants. « Gwada », « Pento », « Cochon Rose » ou encore « Le Maire »… Ces surnoms représentent tous, une sorte de hiérarchie officieuse. On choisit rarement, voire pratiquement jamais son surnom, c’est toujours les autres qui nous le donnent. Et bien que cela en dit souvent plus sûr ceux qui les donnent, que sur ceux qui reçoivent, ils [les surnoms] imposent insidieusement un rôle au détenteur du surnom en question.

Me concernant, l’une des choses m’ayant le plus marqué et qui cache selon moi une signification puissante, se déroule en deux parties. La première c’est lorsque Issa est assis avec ses amis sur le bitume et qu’il leur confie avoir été témoin d’une exécution publique au bled. Il y raconte avoir vu de ses propres yeux, un homme brûler vif et finir en cendres. Vous voyez où je veux en venir ? La dernière scène du film, se termine avec Issa, un cocktail Molotov à la main, hésitant à incendier Stephane, Chris et Gwada. Cet évènement se déroule, de plus sous le regard de Buzz (l’enfant qui à filmer l’incident à l’aide de son drone), témoin de ceci à travers le judas de sa maison. Et voilà, la boucle est bouclé… ou du moins, le choix se trouve entre les mains d’Issa.


« Tu t’es fais ça tout seul ! » – Chris à Issa

COMMENT ACCEPTER/APPLIQUER UN ORDRE VENANT D’UNE SUPÉRIORITÉ IMPARFAITE ?

Le rôle de Buzz ? : Il nous rappel que la nouvelle technologie que nous affectionnant tant peut vite devenir notre pire ennemi, le nouveau témoin plus ou moins apprécié et désiré des moments de la vie courante.  Je ne sais pas si Buzz est son prénom ou un surnom qui lui a été attribué antérieurement à l’histoire mais en tout cas je le trouve astucieusement bien choisit. 

Pour conclure, Les Misérables de Ladj Ly, montre et prouve que les jeunes des banlieues laissées à l’abandon ont besoin d’un cadre bienveillant et de bons représentants. À la fois victimes et bourreaux, leurs détresses émotionnelles et leurs colères sont vivement palpables et c’est compréhensible. Mais à la fin du film, les rôles s’inversent. Les adultes supplient les jeunes d’arrêter cette violence et ils iront même jusqu’à leurs demandé pardon. Tout ce film, n’est qu’une suite d’engrenages montant de plus en plus dans la dangerosité. Lesdites autorités, forçant l’autre à admettre des fautes qu’ils ont eux-mêmes [les autorités] commises. Des antagonistes pas si méchants et des protagonistes pas si gentils. Mais qui est qui ? Portent-ils tous des masques ? Font-ils tous réellement de leurs mieux ? Sont-ils conscients de l’importance de leurs rôles dans la société actuelle ? Et je dis ça en incluant aussi bien les jeunes que la brigade, car au final, nous vivons tous sous le même toit et faire du tort à l’autre équivaut à se faire du tort à soi. Car l’autre, comme nous l’a montrer ce film, désirera probablement prendre sa revanche. Faudrait-il commencer à penser pour l’autre et anticiper ses possibles réactions pour éviter un drame ? Peut-être… Ne pouvant pas dicter aux autres leurs conduites, nous pouvons néanmoins modifier la nôtre et la rendre meilleure.

« Il n’y a ni mauvaises herbes ni mauvais hommes. Il n’y a que de mauvais cultivateurs. »

Victor HUGO

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